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Le savoir-faire Zafimaniry

Établie dans une zone montagneuse de 700 km2 située dans la province de Fianarantsoa, dans le sud-est de Madagascar, la communauté des Zafimaniry est la dernière dépositaire d’une culture originale de travail du bois, jadis répandue dans toute l’île. Les Zafimaniry se sont installés au XVIIIe siècle dans cette région boisée et reculée pour échapper aux guerres intestines entre royautés. La forêt leur offrait alors sécurité et moyens de subsistance. Aujourd’hui, quelque 25 000 Zafimaniry habitent dans une centaine de villages et hameaux éparpillés sur les sommets brumeux de la région. Forestiers, charpentiers et artisans depuis des générations, les Zafimaniry ont développé autour du bois tout un ensemble de techniques et de connaissances pratiques. Cette tradition artisanale complexe témoigne du rôle primordial de ce matériau vénéré dans tous les aspects de la vie et de la mort. Leur maîtrise de l’exploitation forestière et de la sculpture sur bois transparaît dans les constructions et les objets quotidiens. Pratiquement toutes les surfaces boisées (murs, fenêtres, poteaux, poutres, tabourets, coffres, outils) sont richement travaillées. Les Zafimaniry utilisent vingt espèces endémiques différentes, chacune étant réservée à un type de construction ou à une fonction décorative spécifique. Les maisons et les cercueils sont assemblés exclusivement selon la technique traditionnelle de la mortaise et du tenon, sans le moindre clou, la moindre charnière ou autre pièce métallique. Les greniers traditionnels, perchés sur des piliers ronds, sont une particularité du paysage de montagne. Les magnifiques motifs géométriques qui décorent la plupart des objets en bois sont extrêmement codifiés et trahissent non seulement les origines indonésiennes de la communauté, mais aussi les influences arabes qui imprègnent la culture malgache. Bien que leur nombre soit limité, il n’y a pas deux pièces identiques tant les artisans sont créatifs. La riche symbolique de ces motifs reflète les croyances et les valeurs fondamentales des Zafimaniry. Ainsi le tanamparoratra (ou toile d’araignée) symbolise-t-il les liens familiaux, tandis que le papintantely (rayon de la ruche) représente la vie communautaire. Ces ornements, ainsi que d’autres expressions comme l’architecture des maisons, sont par ailleurs autant d’indications sur le rôle ou la position sociale de l’individu au sein du groupe. Depuis plusieurs décennies, les Zafimaniry vendent des statuettes et des objets décoratifs ou usuels dans les villes des environs pour pouvoir survivre. Mais cette communauté vulnérable risque d’être reléguée au simple rôle de fournisseur d’objets d’artisanat pour le tourisme. En outre, la déforestation met en péril la principale source de revenus des Zafimaniry. La migration urbaine des jeunes en quête d’emplois plus lucratifs constitue une menace de plus pour la survie de cette tradition. Afin que l’art du travail du bois des Zafimaniry conserve son authenticité, il apparaît nécessaire de le faire reconnaître officiellement comme expression culturelle importante et de prévoir une protection juridique. L’environnement naturel de la communauté est aujourd’hui protégé par des programmes de reboisement. Des ateliers sur l’enseignement et la transmission des techniques traditionnelles sont également organisés, parallèlement à des formations sur les méthodes de production et de commercialisation. Les Zafimaniry de Madagascar font plus que sculpter le bois. Ils impriment sur ce matériau sacré toute leur cosmogonie. En 2003, cette tradition a été proclamée Chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel par l’UNESCO