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Sainte Marie, l’île aux pirates
C’est l’histoire d’une petite île située à l’est des côtes malgaches et à l’histoire incroyable. Au XVIIe et XVIIIe siècle, cette île va servir de base de repli des pirates venus du monde entier. Certains sont très connus et l’île de Sainte Marie n’a pas croisée leur route par hasard. Au XVIIIe siècle quand la piraterie s’éteint, deux siècle de colonisation française suivra. L’indépendance acquise en 1960, cette petite île vit aujourd’hui au rythme du mora mora (doucement, doucement).
E n 1642 fût fondé le chef lieu de l’île : Ambodifatra. Y vive de nos jours 3700 des 17000 saint mariens (recensement 1990). En 1664, Louis XIV et Colbert fondent la compagnie des Indes Orientales créant ainsi des comptoirs dans l’océan indien pour attirer de nouveaux capitaux Ce commerce florissant attire la convoitise des pirates. Ils descendent la mer rouge, longent les côtes de Malabar et rejoignent progressivement Madagascar. En 1685 les pirates affluent à Sainte Marie. Nombre de forbans fatigués de la flibuste et de la grande piraterie trouvent à Sainte Marie un havre de paix. Au plus fort de l’occupation de l’île ces pirates sont plusieurs milliers. Ils y trouvent de nombreux avantages ici : un port pour accoster, des plages désertes pour le carénage des bateaux et du bois pour la réparation des gréement. Autre avantage non négligeable, la main d’œuvre abonde. Les forbans on réduit en esclavage bon nombre d’indigènes. L’île offre des plantes médicinales que les malgaches connaissent bien et on y trouve du citron vert nécessaire pour lutter contre le scorbut qui fait des ravages chez les nouveaux arrivants. Ils bénéficient aussi d’un climat agréable, d’alcool et aussi de femmes. Elles étaient réputés pour leur complaisance et leur gentillesse à l’égard des pirates. Américains, anglais, hollandais et français constituent l’essentiel des pirates. Un des plus célèbre se nomme Thomas Tew, un américain. Thomas Tew débarqua à Madagascar en 1693, muni d’une lettre de marque de la reine d’Angleterre. Il fût reçu avec tant d’honneur par la reine locale Antavaratra Rahena qu’un enfant naquît de leur rencontre nommé Ratsimilaho. Thomas Tew n’était pas en réalité le corsaire anglais qu’il se disait être. Au moment où il ancra son navire de 70 tonnes l’Amity à Sainte Marie en 1693 Tew était déjà un pirate. Bien qu’anglais de nationalité, il venait de Newport dans le Rhodes Island sur la côte est américaine. C’est en abordant des bateaux anglais et hollandais de la compagnie des Indes orientales dans l’Océan Indien qu’il amassa un butin considérable il contribua a propulser Sainte Marie au premier rang des îles de fortune.
En 1965, l’original mais sanguinaire pirate anglais : John Avery débarque à son tour, toujours accompagné de son esclave attitré. Il s’empare d’un navire du grand Moghol qui file vers la Mecque. Fortune acquise, il se met à l’abri à Sainte Marie quelques temps. Mais le navire avait aussi à son bord la propre fille du grand Moghol. Eblouis par sa beauté, il l’épouse aussitôt et s’installent ensemble sur l’île. La prise du grand vaisseau moghol est énorme et la Compagnie des Indes Orientales ne peut laisser passer cette affaire. Les troupes anglaises se lancent à sa poursuite mais il réussit à leur échapper et rejoint le port de Boston en Amérique, puis, en quête de paix, rejoint l’Angleterre. La légende veut qu'il aurait proposé de payer la dette nationale en échange de sa grâce. Plusieurs de ses hommes furent pendus en Angleterre et Avery mourut, peut-être dans la misère, dans une chaumière du Devon.
Sur l’île Sainte Marie, un petit bout de terre garde tout son mystère : l’île aux forbans. C’est là que les forbans assemblaient leur butin. Cet îlot minuscule était réputé pour être le meilleur mouillage de Madagascar car il était protégé par la baie d’Ambodifatra et son récit de corail. Longtemps interdit aux chercheurs et autres curieux, il est aujourd’hui ouvert à la visite. Mais rien ne reste de l’époque de la rapine même si certains chercheurs se sont acharnés en vain à creuser jusqu’à huit mètre de fond. C’est qu’une légende affirmait que ici reposait les trésors des pirates. William Kidd, corsaire et pirate ayant laissé derrière lui une carte au trésor encore irrésolue, d'innombrables chasseurs de trésors recherchent en vain, depuis des siècles sa fortune cachée. C’est l'un des plus célèbres hors la loi de la littérature anglaise est né en 1645 en Ecosse. Il reçut en 1695 à Londres une commission royale pour éliminer les pirates attaquant les vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales en Mer Rouge et sur l'Océan Indien. Il se convertit à la piraterie en 1697. Capturé en 1701, accusé de meurtre et de piraterie, William Kidd fut exécuté par pendaison le 23 Mai 1701 à Londres.
Au début du XVIIIe siècle le nombre de pirates à Sainte Marie a considérablement diminué. Beaucoup sont mort de la malaria ou se sont rendus pour bénéficier d’une grâce royale. Mais certains restent, s’accouplent avec les autochtones et génèrent une descendance de nouveaux forbans. En 1704 un traité semble vouloir les épargner définitivement. Mais de nombreux flibustiers chassés des Caraïbes par le roi d’Angleterre Georges Ier affluent à Madagascar. Ils sont encore plus menaçant : couteaux aux lèvres, bandeaux frappés de la tête de mort, tatouages et boucles d’oreilles.
England Edward, un irlandais, attaque en 1720 à Madagascar un navire commandé par Le Cassandre des Indes Orientales. Les pirates perdirent 90 hommes mais prirent Le Cassandre. Il réussit à s’enfuir à terre et revint bientôt pour négocier avec England Edward. Les pirates le retinrent prisonnier mais England ordonna sa libération car il louait le courage du Capitaine du Cassandre. L'équipage se mutina et fini par abandonner England sur une île déserte en août 1720 où il mourut probablement.
En 1721, le pirate français Olivier Le Vasseur dit La Buse, prend sa retraite et s’installe au nord de l’île. Il commerce à la sauvette avec un canot de sauvetage entre les vaisseaux marchands en mouillage et la terre ferme. En 1729, il est un paisible pirate retraité. Un jour il aide un bateau de la Compagnie des Indes à entrer au port mais son capitaine le reconnaît. Arrêté puis Condamné à mort le 7 juillet 1730, La Buze monte sur l'échafaud. Il lance alors à la foule un parchemin crypté en criant "Mes trésors à qui saura comprendre". La mort de La Buse est un peu la mort de la piraterie à Sainte Marie. En 1730 les pirates ne sont plus qu’une vingtaine sur l’île. Certains reposent ici au cimetière des pirates dans un lieu pittoresque en haut d’une colline surplombant la baie et faisant face à l’énigmatique île aux forbans. Leurs morts fut rarement paisible et sur les tombes, dans la sérénité ombragé des arbres du voyageur, les noms et épitaphes depuis longtemps effacés. Quel lieu émouvant pourtant ! Mais une tombe se détache du lot. Elle est aujourd’hui renversé mais était à l’origine debout. Cette tombe est celle du pirate Le Chartier avec sa tête de mort et ses deux os croisés, portant comme épitaphe : " Joseph Pierre Le Chartier, né à Ducey, département de la Manche le 10 avril 1788, Arrivé sur la flûte La Normande le 1er nove 1821. Mort à Sainte Marie le 14 mars 1834. Par son ami Hulin. Passants priez pour lui ".
En 1740, les pirates ont tous disparus mais l’île et la région sont déchirés par des luttes tribales. Ratsimilaho, fils du pirate Thomas Tew et de la reine locale Antavaratra Rahena succéda à sa mère et unit les tribus de la côte est en un seul peuple qu’il appela les "Betsimisaraka" : "Les nombreux qui ne se sépare pas". Les descendants de Ratsimilaho furent appelés les Zana-Malata, les "enfants des mulâtres". Le roi Ratsimilaho offre l’île de Sainte Marie au capitaine français La Bigorgne en cadeau de mariage avec sa fille Betty. Le 30 juillet 1750, Betty sous l’influence de son marie, cède l’île à la France. La cession reçoit l’aval de tous les chefs traditionnels, mais la mère de Betty ,ne l’entend pas ainsi. En 1754, le roi Ratsimilaho meurt. Commence alors le massacre des français de l’île commandité par la mère de Betty. La révolte est sévèrement maté et un fort est alors battit sur les hauteurs de Ambodifatra et devient un lieu stratégique. Sylvain Roux fait de Sainte Marie un territoire français à part entière en y implantant le pavillon français le 15 octobre 1818. Peu après son arrivée, la quasi totalité de l’expédition est décimée par le paludisme. Roux est alors congédié par le gouvernement français pour avoir estimé avec légèreté l’inexactitude du climat. Accablé par la fièvre et son échec, il meurt en avril 1923. L’arrivée de nouveaux colons et leurs devises " civilisation forcé " induit les saint mariens a adopter la culture occidentale. Les missionnaires suivent la vague colonisatrice pour christianiser l’île et le pays coûte que coûte. En 1835 la première bible en malgache est imprimée et en 1859, à l’initiative de monseigneur Dalmont, la première église de Madagascar construite à Sainte Marie. En 1876, l’île est placée sous la responsabilité de la Réunion et le commerce de la vanille se développe alors à grande échelle, les saints mariens contraints de travailler dans cette industrie alimentant la métropole. En 1895 le gouvernement français fait de Madagascar une colonie à part entière. Le général Galliéni et 15000 hommes débarquent avec les pleins pouvoirs civils et militaires. L’expédition est meurtrière et la reine Ranavalona contrainte de s’exiler. Comme tous les malgaches, les saints mariens sont dépossédés de leurs terres et soumis aux codes de l’indigénat. La langue française devient obligatoire. Devant les difficultés gestionnaires de l’île et d pays, le Général Galliéni transforme Sainte Marie en bagne et y enferme 800 détenus. Sous l’influence du général de Gaulle, Madagascar devient indépendant en 1960. Le pays plonge alors dans une grave crise économique et sociale. En plus des problèmes d’infrastructures, l’île doit faire face à une véritable carence de l’éducation nationale.
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