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Bengkala, le village du silence
Passant par Bengkala, une petite commune de paysans au nord de Bali dans la région de Singaraja, les visiteurs peuvent penser qu’il s’agit d’un village comme tant d’autres. Seulement en s’y arrêtant suffisamment ils remarqueront que le mode de communication n’est pas verbal mais se compose de mouvements fluides des doigts et réaliseront que ce lieu est extraordinaire.
Pour les autres balinais, Bengkala est connu comme le villages des sourds. Pour les spécialistes occidentaux en surdité, ce village est connu comme un puzzle scientifique fascinant. De par le monde, approximativement un enfant sur mille naît avec de sévères problèmes auditifs. Mais ici à Bengkala, 39 habitants sur 1500 sont sourd soit un taux 26 fois supérieur à la normale. La plupart des scientifiques admettent la difficulté de déterminer précisément les causes de cette défaillance. Il y a plus de mille gènes pensent on qui en seraient la cause sans tenir compte des facteurs environnementaux. Mais pour les villageois, comprendre ce qui prévaut cette déficience se révèle d’une autre nature. “ Pourquoi pensez vous qu’il y a autant de personnes malentendantes à Bengkala ? “je demande à I Made Astika, le chef du village. “ A cause de Dewa Kolok, le dieu des sourds me répond il ”. Il m’explique que le village à un pelinggih, un protecteur dévoué à Dewa Kelok et que le mythe local et la vie rituelle dépend de son pouvoir. Selon Astika, les villageois en ont marre des moqueries alentours. Mais ils font avec. Non seulement ils considèrent leur communauté normale mais croient en la bénédiction spirituelle. La surdité disent ils n’est pas quelque chose de bizarre ou de négatif. Simplement un phénomène comme la nuit et le jour, l’homme et la femme. Il y a le sourd et celui qui entend. “Cela va par pair” dit Astika. La vie sociale ici reflète cette acceptation. Le village a son propre langage de signe, unique et vieux de plusieurs siècles. Sourd et entendant le pratiquent. Ce langage est appelé mekata, du mot balinais “parler” et est basé sur une association et une interaction sociale quotidienne. “Bien” devient un simple pouce levé et “jolie” une vague gracieuse de la main devant le visage. Il est courant de voir les enfants des deux bords jouer ensemble, les un pointant leurs doigts et les autres plus expressifs jouant du corps pour les verbes et des doigts pour les adjectifs, blaguant ainsi et se racontant des histoires. Nyoman Santiya, un sourd du village est devenu une sorte de leader chez les malentendants. Avec sa femme, Cening Sukesti, ils ont trois enfants. Le plus âgé et leur fille sont sourds. Le dernier ne présente aucune déficience. Les parents aussi n’entendent pas. Nyoman et sa femme ont lancé une affaire : travail de finition de bois décoratif qu’ils vendent aux marchés de Denpasar, Klungkung et Singaraja, les trois villes importantes de l'île. Le père de Nyoman, Nyoman Awas, explique qu’à la naissance de son premier fils il fut désabusé. Mais il s’y habitua car ainsi fut le vouloir de dieu, adopta son attitude et son langage et l'éleva en paix. Aujourd’hui il prend soin de sa famille. Il m’explique que finalement la naissance de son fils sourd lui porta chance. Sa maison terminé il s’équipa d’une télévision. “Mon fils la voulait vraiment. Alors je lui ai prêté. Maintenant il la garde en permanence”. A Bengkala, les sourds sont totalement intégrés et il est reconnu qu’ils possèdent des capacités que d’autres n’ont pas. On pense qu’ils sont physiquement plus fort et possèdent plus d’endurance. Ils sont aussi dit on plus patient, persévérant, loyal, honnête et fidèle. Aux champs, leurs sont donné la responsabilité d’organiser la gestion de l’irrigation depuis la rivière. Un job vital pour une société à dominante agricole. Ils sont aussi assignés à des taches plus laborieuse comme l’entretien du matériel agricole. Parce que les Bengkalois les considèrent comme particulièrement fiables, ils sont aussi chargés de la sécurité du village. Rattachés à une équipe d’entendants, ils effectuent la routinière patrouille du village et des champs. En cas d’urgence ils sont appelés en première ligne. Si respectés sont nos gardes sourd que parfois les villages alentours leur demandent assistance comme ce fut le cas dernièrement quand un homme pris de folie devint incontrôlable et qu’il fallut le maîtriser. Mais ce qui fit la reconnaissance de ce village dans l'île, fut qu’elle y développa cette unique forme artistique : le janger, une troupe de danse uniquement composé de sourd. Treize d’entres eus ont développé un genre de danse traditionnelle balinaise qui requière danse et chant même s’ils ne sont pas aptes à percevoir les sons qu’ils émettent. La troupe de janger de Bengkala a été préparée et entraînée intensivement par Durpa, un danseur célèbre dans l’île, jusqu’à ce qu’ils soient aptes pour une apparition en public. Dorénavant ils se produisent régulièrement lors d'événements locaux et un jour ont reçus une proposition d’un grand hôtel de Sanur, une prestigieuse station balnéaire de l’île. Il y a quelques années ils furent même sélectionné pour participer au festival annuel d’arts de Bali recrutant les artistes talentueux dans toute l'île. Ce fut un succès et certains par la suite invités à se produire en Australie à Sydney. Une aubaine. Cette troupe de Jangger témoigne du fait indéniable des capacités des mal entendants.
Mis à part leur rôle honoré dans la société traditionnelle balinaise, il reste difficile pour les sourd de Bengkala de se faire une place dans la rapide modernisation de la société. Virtuellement ils sont tous illettrés. Deux d’entres eux grâce à des fonds privés ont été scolarisés à Denpasar la capitale. Il y a quelques années dans la proche ville de singaraja fut commencé un programme pour leur apprendre à lire et à écrire. Mais à peine les élèves commençaient ils à savoir écrire leur nom que le programme fut arrêté. Problème classique indonésien : un manque de fonds.
Il sera intéressant de voir comment les changement sociaux affecteront ce village. La crise économique à inciter la migration vers Bali. Est ce que les enfants issus de mariage sourd et entendants venus d’autres provinces aboutira indéniablement à des problèmes de surdité aigues ou peut être entreverront nous des solutions génétiques ? Ou si les villageois ont raison et que leur surdité n’est qu’un signe de la présence du dieu Dewa Kolok, que deviendra cette force dans un monde moderne ? L’avenir est incertain mais une chose est sur, Bengkala est un lieu extraordinaire.
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