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Cavalieres

Dans les années 90, la chute de l'URSS entraîna irrémédiablement la légalisation du dollar. L'ouverture du pays au tourisme comme ultime alternative à une économie asphyxiée. Rapidement le dollar devint une obsession pour la grande majorité du peuple, rémunéré en peso cubain sous évalué. Le billet vert donnait accès à tout les produits essentiels sur le marché parallèle. Les vitrines des premiers magasins en dollars étaient rendues opaques afin de prévenir la soudaine frustration du peuple. Les queues interminables et l'accès strictement contrôlé. Rapidement les carnets de rationnement, propre aux système socialiste, ne fournissait plus que du sucre en surdose, 250g de riz, 2 oeufs, 100 de pains,....plus de poisson, plus de viande. La "période spéciale" ou période de restriction décrété par Mr Castro, était bel et bien entrée en vigueur. Mais pour combien de temps ?
Cette "douleur du peso" ne tarda pas à entraîner l'explosion du plus vieux métier du monde : la prostitution. En 1996, le phénomène pris une telle ampleur que l'état envoya la police "nettoyer" Varadero, la précieuse station balnéaire du pays. Quelques milliers de filles furent renvoyées dans leur province ou les attendaient les brigades de moeurs... Cette opération freina temporairement le tourisme et les autorités durent apprendre à jongler avec ce dilemme. Le tourisme était devenu en quelques années l'essence de l'économie locale, mais aussi une destination phare du tourisme sexuel. L'ampleur du phénomène des "jineteras" (cavalières), entraîna une mise à jour du code pénal. Dorénavant de lourdes peines pouvaient être infligées pour les délits de proxénétisme et de corruption de mineurs. Des "unités de délits spéciaux" furent mis en places dans les régions à risques. En 1996, au plus bas niveau du peso, la passe rapportait parfois la moitié d'un salaire annuel d'un ingénieur. Aujourd'hui cela n'a guère évolué. Ces femmes contribuent au succès du tourisme. Plus de deux millions de touristes pour l'année 2000. Même si officiellement la prostitution est interdite, les policiers, les portiers d'hôtels, complaisants arrondissent leur fin de mois en fermant les yeux. Les autorités ont été prises de vitesse par l'essor du tourisme. Les cubains ont alors été autorisés à louer des chambres d'hôtes moyennant un impôt mensuel colossale équivalent à cinq fois le salaire d'un médecin. Le "propriétaire " des lieux s'engage à tenir rigoureusement un registre d'accueil régulièrement contrôlé. Chaque cavalière de passage se voit ainsi contrainte de remplir et signer ce registre. De la sorte leur vie "privée" devient transparente aux yeux de la police. Leur corps propriété d'état en quelque sorte... Maliuska est une jeune mère de famille élégante d'à peine vingt ans. Résidant à l'extrême Est de l'île, elle profite d'un carnaval à une cinquantaine de kilomètres de chez elle pour s'y rendre avec une amie. De nombreux touristes incluent ce lieu historique dans leur périple. Aubaine nom négligeable pour des filles de la région souhaitant arrondir leur fin de mois. "A deux, et pendant le carnaval, il est plus discret de dénicher un touriste et la police en cette période est moins vigilante nous a dit une amie. Alors nous sommes venues. Seule avec mon enfant de six mois, je n'ai pas le choix". D'autres comme Orélia ont eu moins de chance. Elle habite dans un village perdu au nord de Santiago, la deuxième ville du pays. "Au début je ne venais que les weeks-end à Santiago et faisait garder ma fille par une voisine. Puis cette vie facile me retenait plusieurs jours parfois. Je n'ai pas su m'arrêter et une jour la brigade des moeurs m'a amenée dans un camp de rééducation. Une véritable prison. L'alimentation exécrable. J'y suis resté deux ans. Le seul avantage est d'y avoir perdu du poids". La sensualité fait partie intégrante de ce peuple. Les regards s'y échangent plus appuyés qu'ailleurs, les mains s'y font plus caressantes et les sourires s'y donnent plus tendres. Cette composante rend la frontière avec le "jineterisme" (cavalière en français) d'autant plus floue. Le touriste en mal d'affection ne reste pas longtemps indifférent à cette chaleur indéniable. De quoi perdre la tête. Pour ces filles, côtoyer des touristes reste avant tout une quête des précieux dollars qui sortiront, temporairement, une famille de l'impasse. Mais cette "clientèle" ouvre aussi les portes à l'autre monde : celui du confort et de l'aisance. Restaurants de qualité, discothèques, piscines, magasins font oublier les privations quotidiennes épuisantes. Relations ambiguës ou s'alimente l'ego des uns au détriment de la misère morale des autres. Dans ce pays ou des milliers d'hommes et de femmes fuient la pauvreté et l'oppression idéologique en prenant la mer sur des chambres à airs arrimées à quelques planches de bois, la prostitution offre alors une alternative aux candidates au départ. Sous le charme insistant de ces femmes câlines, certains étrangers leur offrent, moyennant d'onéreuses et laborieuses démarches administratives la précieuse "carte d'invitation". C'est la sortie par la "grande porte". Pas de bouée de sauvetage, mais une siège sur une compagnie aérienne étrangère !... En 1998, sur les 3000 visas et permis de séjours délivrés par les ambassades étrangères, 2000 furent délivrés par l'ambassade italienne.
Quelle jeune cubaine en proie au désarroi n'a pas hésitée à basculer dans cette vie facile. "Nos filles sont les plus diplômées et les moins chères du monde" précise Mr Castro. certes, mais le masque de l'idéologie semble s'effriter. Progressivement l'île se vide de cette jeunesse avide de liberté. Aujourd'hui, depuis les évènements terroristes aux Etats-Unis, le tourisme en progression constante depuis six ans, est en baisse. Au premier trimestre 2002, il aurait perdu 17% comparé à le même période de l'année précédente. Dans cette même période, le Peso, lui, à perdu près de 30% face au dollar. Beaucoup encore vont opter pour le trottoir, unique siège éjectable de cette tyrannie sans fin.