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Calejon de Hamel

A l'écart du circuit touristique de La Havane, un quartier poussiéreux et délabré, cosmopolite, coincé entre le Vedado, quartier résidentiel aux demeures luxueuses, le Centro Habana et la vieille ville. Ce quartier à sale réputation reste méconnu, comme insoumis. Et pourtant... A quelques encablures du bord de mer, au détour d'une ruelle, un passage offre aux curieux un enchevêtrement de fresques murales flamboyantes. Oeuvre grandiose d'un personnage atypique, fier de ses racines africaines : Salvador Gonzàlez Escalona. Peintre muraliste, sculpteur, il a fait descendre l'art dans la rue et su redonner une identité à ce quartier. Ce projet comunautaire a dü vaincre bien des résistances.
Dix ans de lutte et de passion pour ce qu'il appelle le "1er temple de la culture noire à Cuba à partir de l'art". En 1992, "période spéciale" : effondrement du camp socialiste, renforcement de l'embargo, aide extérieure réduite au minimum, pénuries en tout genre, ses première oeuvre voient le jour grâce à la récupération d'encres d'imprimerie. Les religions afros-cubaines, autrefois réprimandée, sont enfin reconnues par le parti communiste cubain. Deux ans plus tard, il se fait connaître à la biennale d'art contemporain de La Havane. Il n'y est pas invité mais profite de la venue d'artistes et critiques d'art du monde entier pour les inviter au caléjon de Hammel et faire connaître son travail. Il s'exporte hors des circuits castristes, aux USA, et au Canada, s'enrichi, revient et dresse au milieu des fresques des autels aux dieux vénèré. Mais sa reconnaissance vient des fresques murales. En 1991, il est invité à peindre l'hôtel Hilton à Caracas au Venezuela. Suivront Porto Rico, la Norvège, le Mexique, le Danemark,... puis le Metropolitan de New York. A 53 ans, il savoure ce pari gagné avec sa femme Maritza, rencontrée à la Havane tout juste venu à la capitale depuis Camaguey sa ville natale, de l'autre coté de l'île. Aujourd'hui, il ouvre son quartier aux rumberos havanais. Chaque dimanche, c'est l'occasion d'une fête au caléjon. Aux sons des tambours, s'enchaînent des danses frénétiques. Les musiciens se donnent rendez vous ici. Le calejon a une tradition musicale bien plus ancienne. Tilso Diaz, un troubadour, son fils Angel créerent dans les années 30 le "filin", mouvement musical issu du boléro espagnol alors très à la mode. Au 118 du calejon se réunissent des personnalités de la musique cubaine tel Omara Portuondo (actuellement à l'affiche dans "Buena Vista Social Club"), Elena Burke, José Antonio Mendes. Le caléjon est devenu une vitrine culturelle. Mais ici la peinture est omniprésente. Salvador trouve son inspiration dans la riche et complexe culture africaine de ses ancêtres et différents éléments de la culture cubaine. Quatre cultes dominent : les Yorubas (du Nigéria), la secte Abakua, le culte Congo d'origine Bantou et les Araras. Jaune, bleu et rouge sont à la base de ses peintures. Ces couleurs reflètent les spécificités des principales divinités. La jaune symbolise Ochun, patronne de Cuba, maîtresse de l'amour et de la féminité. Le bleu symbolise Yemaya et la maternité. Le rouge, Chango, le tonnerre et le feu, l'excès, le sexe et l'argent. La lumière de Cuba amplifie encore la sensualité et la violence des fresques créant une mélodie rythmée par le soleil.
La fête terminée, le calejon trouve sa quiétude et devient l'aire de jeu des enfants de l'école voisine. Quiétude propice à l'inspiration dont la notoriété grandissante ne semble pas l'embarrasser. Sa petite galerie à gardé son esprit familial. Salvador est là : chez lui. Aux amateurs maintenant de venir le trouver.