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Caretilleros

-Terminal d'omnibus, Santiago de cuba, " calle quatro " (rue numéro quatre)- Des camionnettes américaines, vestiges des années pré révolutionnaires, libèrent et ré embarquent des " lots de passagers " impatients. Ces véhicules bruyants de type Ford, Chevrolet ou autres, ont été réaménagés vulgairement et monopolisés par l'état. Ainsi à été réorganisé le trafic routier et perpétué le fragile mais essentiel transport populaire sur des axes routiers devenus désertiques. Planification au détriment du transport individuel jugé superficiel en ces temps de récession, gâchant le trop peu d'essence disponible sur l'île. L'effondrement de l'unique partenaire économique, l'URSS a plongé le pays dans un isolement imposé par des décennies d'embargo. Les bicyclettes sont alors réapparues massivement et les " caretilleros ", livreurs aux conditions de travail archaïques, envahissent la chaussée. Des caissons en bois bricolés sur des roulements à billes récupérés ont permis d'économiser le combustible rare et d'effectuer au prix d'efforts physiques des courses de proximités. Parqués aux terminaux de bus, ils sont mis à disposition de tout transport matériel ou animalier pour un tarif dérisoire. Matelas, télévisions, cochons et poules, produits alimentaires et babioles en tout genre, sillonnent dorénavant au rythme piétonnier les rues de la ville. Malgré une vieillesse prématurée dûe à une retraite fantôme, une alimentation insuffisante, quelques verres de rhum en complément afin de combler cette malnutrition, n'arrêtent en rien ces travailleurs de s'activer en permanence. Parfois ils sont deux, voir plus à imposer une montée un peu raide à un chargement excessif. Ici à Santiago, ville portuaire, le relief est marqué par des ruelles vites pentues. Les descentes offrent parfois aux livreurs des frayeurs inattendues. La livraison vire alors à une séance d'équilibrisme. Tout le poids du corps prend alors appui sur une simple languette en pneu, fixée par des clous à l'arrière du chariot freinant ainsi le caisson endiablé. Le courant d'air réconforte un bref instant, le temps d'une descente, les corps fatigués et desséchés par le labeur et une canicule quotidienne. Propre à tout pays sous développé, les " caretilleros " sont un peu les laissés pour compte d'un système en fin de parcours. Pour leur dignité, ils refusent le stade de la mendicité et s'attachent à servir la société. Au terminal de la " calle quatro ", ils sont ainsi une quinzaine à se relayer pour l'ultime voyage.