Tous les jours l’économie du pays est à l’arrêt avec une assiduité déconcertante. Non, il ne s’agit pas de l’appel à la prière mais d’un rituel bien ancré dans la société yéménite. Partout dans le pays l’heure du qat semble avoir retenti. Dans les mafrajs (salle de réception située au dernier étage des maisons traditionnelles) mais aussi à même le trottoir, entre amis, le qat se partage en toute convivialité. Le qat est une plante narcotique qui contient deux stimulants chimiquement très proches des amphétamines : la cathine et la cathinine. Elles sont responsables d’une production d’adrénaline qui entraine une augmentation de la température et de la pression sanguine du sujet, le pouls s’accélère et l’émotivité s’aiguise. Le qat prospère à des altitudes relativement élevées (entre 1 500 et 2 500 m) et est originaire des montagnes d’Afrique orientale. Aujourd’hui, il pousse naturellement sur une vaste zone couvrant l’Afrique du sud, Madagascar et l’Afghanistan. Le Kenya, la Somalie et l’Ethiopie le cultivent également mais il n’est jamais aussi présent qu’au Yémen. Le qat peut être consommé de différentes facons. Dans certaines régions d’Afrique de l’Est, il est mélangé au thé. Les Yéménites, eux, en mâchent les feuilles.
    Le Yémen n’est pas le berceau du qat mais son importation d’Ethiopie remonterait au XIIe siècle. A l’époque, seuls les soufis l’utilisaient pour parvenir à une connaissance plus profonde de la nature divine. La culture du qat s’est étendue au XXème siècle et plus particulièrement ces dernières années. Comme le précise l’écrivain yéménite Abdul-Karim Al-Razihi : « le qat est l’opium du peuple. C’est l’iman vert qui dirige notre république. C’est la clef de tout et reste au centre de toute notre vie sociale. C’est l’inexpliqué qui explique tout ».

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