Les anciens pirates bugis restent les meilleurs marins d’Indonésie. Ils construisent, selon des méthodes traditionnelles, des bateaux qui assurent le transport dans l’archipel. Les pirates de jadis ne font plus peur à personne. On recourt à leur savoir-faire pour les transports de marchandises en mer de Java, entre Sumatra, Kalimantan (la partie indonésienne de Bornéo), Batam, Tanjung Pinang (au large de Singapour) et la capitale Djakarta. Vidés de leur contenu à Djakarta, où ils restent une quinzaine de jours, les bateaux remplis de victuailles, riz, biscuits, eau et Coca-Cola qui remplacent l’acajou et le teck, prennent le chemin de Kalimantan et de Sumatra pour approvisionner les insulaires.
    Ces marins parcourent les mers séparant les milliers d’iles de l’archipel depuis plusieurs siècles. La transformation de leur flotte a été constante en fonction des marchandises transportées. Ces bateaux, les Pinisis, de gros voiliers en bois dépassant pour certains les 400 tonnes, sont un mélange d’influences extérieures et d’éléments typiquement indonésiens. L’utilisation du moteur aujourd’hui n’est qu’une étape parmi d’autres. Si cette installation a supprimé le gréement, les méthodes de construction n’ont pas subi de révolution. Les charpentiers répètent des gestes ancestraux. Le maitre charpentier n’utilise aucun plan. Si les charpentiers ont adopté les outils électriques pour gagner du temps, le mode de construction reste spécifiquement indonésien. La construction du bordé précède celle des membrures. En d’autres termes, le squelette est installé après la peau. Le port de Makasar (renommé Ujung Padang par les javanais) dispose du plus beau port naturel d’Indonésie et les Pinisis seuls y ont encore accès. Ici, pas encore de porte-containers.

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