Sulawesi est une ile qui frappe l’imagination par son profil en forme de pieuvre. Cette terre indonésienne de 189000 km2, à l’est de Kalimatan (Bornéo), est plus connue sous son ancien nom de Célèbes. Sous un climat équatorial rebutant au premier abord, elle offre des paysages aussi contrastés que les marécages côtiers, les montagnes du centre qui atteignent 3500 mètres d’altitude, et les plateaux aux lacs magnifiques.
    Les villages des Torajas ne comptent jamais plus de 300 ou 400 habitants. L’orientation de leurs demeures n’a rien du hasard car, ici, l’espérance jaillit à l’Est, alors que l’Ouest est le côté des morts. Posés sur des pilotis de bambous, leurs maisons – les Tongkonans – sont remarquables et soigneusement décorées. Les toits élancés en forme de proue de navire atteignent une hauteur de 15 mètres. Sans doute une réminiscence de l’histoire de ce peuple. Les Torajas seraient d’anciens marins originaires de la Chine du Sud ou de la Birmanie, qui, après avoir conquis les côtes de Sulawesi, se seraient réfugiés dans la montagne devant l’invasion des peuples bugis et l’arrivée de l’Islam. Alors, isolés du monde et pour subvenir à leurs besoins, ils ont appris à utiliser chaque parcelle de terre, délaissant la culture par brûlis pour les rizières en terrasses.
    Dès les premières heures suivant l’arrivée dans le pays des Torajas, le rôle fondamental du buffle apparait. Ici, il n’a rien d’une bête de somme. On l’apercoit dans les rizières mais il n’y travaille pas. Chez les Torajas, animistes, le buffle est un animal sacré. Ancêtre de l’homme, c’est sur son dos que les âmes des défunts voyagent pour rejoindre le paradis. Les rites funéraires sont parmi les moments les plus forts de la vie du village. La préparation peut demander des semaines ou même des mois, pendant lesquels le mort embaumé attend, au milieu des siens, le grand jour de son départ pour l’au-delà . La fête dure alors deux, trois, quatre jours, ou plus longtemps encore, et rassemble toute la famille, les amis et connaissances. Soit, parfois, plusieurs centaines de personnes s’il s’agit d’un chef de village. La famille dort et mange ici, dans le village de bambous construit pour l’occasion, jusqu’à la fin de la cérémonie, au rythme des processions qui se suivent. Des dizaines de cochons ficelés et transportés sur des bambous attendent d’être sacrifiés. Quelques buffles vont subir le même sort, un nombre élevé étant pour le défunt le garant d’un accès rapide au royaume des ancêtres. Puis vient le jour de « l’enterrement ». Le cercueil rejoint alors un cimetière inimaginable, comme ceux de Londa et Lemo. Des cavernes s’étagent le long du flanc d’une falaise et chacune de ces tombes, creusée par la seule force humaine, est fermée par une porte décorée. Plus haut, depuis un balcon à mi-hauteur entre le monde des vivants et l’au-delà , des statues à l’effigie des disparus veillent sur les vivants.

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