Le Kawah Ijen, le « cratère vert », dernier d’un chapelet de volcans de l’est de Java, abrite un lac de vitriol unique au monde. Entre deux éruptions, il peut connaitre des décennies, voire des siècles de repos relatif, pendant lesquels il exhale des vapeurs en fumerolles. Avec le temps, ces gaz acides altèrent et décomposent les couches de lave imperméable qui colmatent le cratère. Les eaux de pluies s’y accumulent, créant un lac. Mais les fumerolles contaminent l’eau et l’acidifient. Le Kawah Ijen est ainsi la plus grande réserve d’acide sulfurique mais aussi chlorhydrique du monde. Le sang du volcan se répand en coulées qui virent rapidement à l’orange puis au jaune citron.
    C’est le moment de débiter à la barre à mine les plaques de soufre solidifiées. Le volcan culmine à 2300 mètres où l’air reste pur. Sa gueule est 600 mètres plus bas et les hommes y plongent couverts, avec comme seul masque à gaz, des chiffons qu’ils humectent pour tenter d’inspirer suffisamment d’oxygène. Ils en remonteront des paniers plus lourds qu’eux en à peu près 2 heures, puis devront redescendre dans la plaine. Quatre tonnes de soufre sont transportées chaque jour. Des centaines d’arracheurs de soufre, venant surtout de Licin, située à une trentaine de kilomètres de la bouche du volcan, travaillent pour des salaires de misère, six mois par an. Sebastiao Salgado les a magnifiés et a révélé leur calvaire. Le volcan abime les hommes. L’or jaune puant alimente les raffineries. Mais quels paysages ! Cascades pétrifiées, dentelles orangées, sculptures monstrueuses…

    Texte (1000 – 1500 mots) et reportage photo complet, sur demande.