A Lamalera, village du sud de l’ile de Lembata, à l’extrémité orientale de l’archipel indonésien, la chasse à la baleine se pratique depuis le XVe siècle. C’est un des derniers lieux au monde à bénéficier de ce droit de chasse tant la survie des habitants en dépend. Mais aujourd’hui les baleines se font rares et l’inquiétude monte à Lamalera. Ici, on vit au rythme des baleines qui, de mai à novembre, croisent au large dans leur migration de l’océan Indien à l’océan Pacifique. Chaque jour, les hommes partent en mer, par équipages d’une dizaine de marins, sur de frêles esquifs transmis de génération en génération, avec pour seule arme un harpon. A l’approche de sa proie, le harponneur calé sur sa plate forme à l’avant du bateau attend l’instant propice. L’alerte est donnée. Le bateau anticipe la trajectoire du mammifère afin de se positionner à distance de tir. Le harponneur tendu mais concentré saisit son harpon, morceau de fer pointu et rouillé qu’on accroche à une tige de bambou longue de 5 mètres. Il affine l’angle de tir puis s’élance dans les airs frappant la bête de tout son poids.
    A peine une demi-heure que nous sommes en mer et déjà une imposante raie manta est montée à bord. L’équipage se recueille dans le cœur du bateau, retire ses couvre-chefs et prie, bénissant cette heureuse prise. D’autres suivront. Mais pas de baleine en vue. Ces prises, une fois partagées, suffiront à peine à nourrir quelques familles du village. Le village vit en troquant une partie de sa pêche contre les fruits et les légumes des hameaux de l’intérieur de l’ile. Rien ne pousse sur les rivages stériles de l’ile de Lembata. Récemment encore les pêcheurs de Lamalera rapportaient une vingtaine de cachalots par an. Plus de baleines ! Les hypothèses fusent : réchauffement climatique, nouvelles routes de migration des grands mammifères marins, … Non ! Leur subsistance est menacée par la pêche industrielle et illégale des compagnies étrangères, taïwanaises, japonaises. Un drame pour ces marins d’un autre siècle.

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