Les Mossus sont une ethnie vivant entre les provinces du Sichuan et du Yunnan organisée autour d’une société matriarcale. Ici, la femme est chef de famille, dirige les activités productives, gère le budget familial et recoit les visiteurs.
    Nous sommes en pays Mossu, autour du lac Lugu situé à plus de 3000 mètres d’altitude. Certains anthropologues considèrent que ces mœurs prévalaient un peu partout aux origines de l’humanité et sont restées dans cette enclave jusqu’à ce jour inchangées. D’autres avancent que « l’union itinérante » s’est imposée quand les hommes étaient principalement des bergers nomades, des moines bouddhistes ayant fait vœu de célibat, ou des soldats absents pour cause de guerre. Déjà dans les années ’60, les autorités communistes interdirent l’union itinérante, « vestige décadent du féodalisme ». Mais, en 1993, le gouvernement investit 2,8 millions de dollars pour le développement touristique de la région. Depuis quelques années, une route de crête est ouverte. Les Mossus sont sortis de leur « oubli », et les voyagistes et revues à sensations contribuent à colporter les mythes qui attirent aujourd’hui au lac Lugu les mâles chinois en quête de filles faciles. Selon certains, les femmes mossus seraient assoiffées de sexe, et leurs hommes des fainéants imbéciles. Or, si la femme mossu est plus émancipée que la moyenne des paysannes chinoises, elle est loin d’être débauchée. La coutume lui confère le droit de « tester » plusieurs partenaires à l’adolescence, mais, une fois déclarée son « union itinérante », elle demeure généralement fidèle au père de ses enfants. Par choix. Quant aux hommes, la tradition veut qu’ils ne se mobilisent que pour les travaux lourds, comme la construction des maisons. Ils pêchent dans le lac, participent aux travaux des champs. L’assimilation des ethnies en Chine est amorcée depuis longtemps. La proche province du Tibet en sait quelque chose. La mort lente des Mossus est programmée. Elle sera douce et silencieuse. Quand vos enfants viendront ici chercher le Royaume des filles, les enfants leur répondront que c’était une belle légende d’autrefois.

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