Rudyard Kipling a immortalisé les « cheroots » dans un poème dédié à une jeune fille birmane fumant un énorme cigare blanc. Si l’on voit aujourd’hui rarement ces gros « cheerots » (du mot tamoul curuttu signifiant rouleau, puis de charut qui désigne un cigare ou une cigarette en hindi-urdu) roulés dans un morceau d’écorce de bétel (kun-thi-hpeq-hse-leiq) fin comme du papier, les petits cigares verts restent plus fréquents que les cigarettes classiques. Ces hse-baw-leiq assez doux, au goût proche des bidi (cigarettes roulées) indiennes mais deux fois plus gros, contiennent un mélange de tabac blond, parfois adouci avec de la sève de tamarinier, séchée et broyée, puis mêlé à des copeaux de bois afin que la fumée soit moins âcre et que le cigare se consume plus lentement. Roulé en forme de cône, il comporte à son extrémité un filtre en corne enveloppé dans du papier journal.
    Les plantations de tabac se situent dans les plaines sèches du centre du pays, notamment dans les sols sabloneux des environs de Pakokku et de Myingyan. Planté en septembre, le tabac est récolté et séché au soleil en mars. L’enveloppe extérieure des « cheerots » modernes, une feuille large appelée thanaq-hpeq qui pousse sur les pentes montagneuses de l’état Shan, représente l’une des principales cultures des Pa-O et des Palaung. Dans le bas Myanmar, les paysannes continuent parfois de rouler les feuilles de tabac dans une enveloppe d’épi de maïs rappelant l’écorce de bétel du siècle dernier. Toutefois, dans la majeure partie du pays, on trouve surtout des hse-baw-leiq fins enveloppés dans des thanaq hpeq.
    Dans l’état Shan on trouve de nombreuses fabriques familiales de « cherrots ». Des femmes essentiellement roulent jusqu’à 800 cigares par jour. D’autres encore, notamment issues de minorités ethniques, les Pa-o vivant principalement dans les montagnes, aux abords du lac Inle, confectionnent à leurs moments perdus des paquets de 50 « cheerots » qu’elles revendront au marché. Ces cigares restent prédominants en Birmanie même si les cigarettes de marques américaines ont un grand succès auprès des jeunes. Ils sont vendus dans de nombreux stands à coté de chiques de bétel trés populaires aussi.

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